On ne pense pas toujours à vérifier ça avant de réserver, et pourtant : avec un passeport suisse, la grande majorité des destinations n’exige rien, et puis il y a les autres. Les autres, c’est le moment où l’on découvre qu’il fallait s’y prendre six semaines plus tôt.
J’ai fait trois demandes de visa en tant que résidente suisse, pour trois pays aux procédures très différentes. Elles avaient toutes la même ossature. La voici, dans l’ordre où on la rencontre pour de vrai.
Étape 1 : vérifier si une demande de visa est seulement nécessaire
La seule source qui vaut est la représentation du pays de destination en Suisse : ambassade ou consulat. Pas un comparateur, pas un forum, pas une page de voyagiste qui date de trois ans. Les conditions d’entrée changent, parfois d’un trimestre à l’autre, et un passeport suisse n’a pas les mêmes droits qu’un passeport français ou allemand même quand les listes se ressemblent.
Le deuxième point à regarder n’est pas le visa mais la validité du passeport. Beaucoup de pays exigent six mois de validité restante après la date de retour. J’ai vu quelqu’un être refusé à l’enregistrement pour quatre mois et demi, avec un visa parfaitement valide dans le passeport. Le visa ne sert à rien si le document qui le porte ne tient pas.
Étape 2 : identifier qui traite la demande
C’est là que j’ai perdu le plus de temps la première fois. Beaucoup de pays ne traitent plus les demandes directement : ils passent par un prestataire externe, avec ses propres centres, ses propres horaires et ses propres frais de dossier qui s’ajoutent au prix du visa.
Pour la Suisse, ces centres sont presque toujours à Genève, Berne ou Zurich. Depuis Vevey, c’est une demi-journée de train aller-retour pour Genève, davantage pour Zurich. Il faut compter ce déplacement dans le calendrier, parce que plusieurs procédures imposent un dépôt en personne pour les données biométriques.
Certains pays acceptent le dépôt par courrier recommandé. D’autres proposent un visa électronique qui se règle entièrement en ligne. La différence entre les deux, en pratique, c’est une matinée.
Étape 3 : rassembler les pièces
La liste varie, mais ce socle revient presque partout :
- le passeport, avec deux pages vierges consécutives et la validité demandée
- le formulaire officiel, rempli en ligne puis imprimé et signé
- une photo au format exact demandé, qui n’est pas toujours le format suisse
- la preuve d’hébergement : réservation d’hôtel ou attestation d’hébergement si vous logez chez quelqu’un
- le billet aller-retour, ou au minimum la réservation
- une attestation d’assurance voyage couvrant les frais médicaux et le rapatriement
- un justificatif de moyens financiers, souvent les trois derniers relevés bancaires
Sur la photo, un conseil que j’aurais aimé recevoir : la faire dans une boutique qui connaît les formats internationaux plutôt que dans une cabine. Ma première photo a été refusée pour un fond trop gris. La reprise m’a coûté un deuxième aller-retour.
Étape 4 : le rendez-vous et le dépôt
Les créneaux se prennent en ligne et se remplissent vite, surtout avant les vacances scolaires romandes. En mai, j’ai trouvé le premier créneau disponible à dix-neuf jours. Mon conseil : prendre le rendez-vous d’abord, réunir les pièces ensuite. Un dossier complet sans créneau ne sert à rien, un créneau tenu avec une pièce manquante se rattrape généralement par un envoi complémentaire.
Le jour du dépôt, prévoir large. Entre la file, le contrôle des pièces, la prise d’empreintes et le paiement, j’ai passé une heure vingt pour un rendez-vous annoncé à vingt minutes. Le passeport reste sur place : il faut donc éviter de programmer un autre voyage entre le dépôt et le retrait.

Étape 5 : attendre, et prévoir que ce soit plus long
Les délais annoncés sont des moyennes en période normale. Pour mes trois demandes, les délais annoncés étaient de dix à quinze jours ouvrables ; j’ai eu dix jours, treize jours, et une fois vingt-six jours sans explication.
La règle que j’applique depuis : déposer six semaines avant le départ, jamais moins de quatre. Et ne pas acheter de billet non remboursable avant d’avoir le visa en main. Un billet acheté pour « prouver l’intention de retour » dans le dossier doit être une réservation, pas un achat ferme. La plupart des compagnies délivrent une attestation de réservation temporaire pour ça.
Ce que ça coûte, et ce qui ne revient pas
Deux montants se cumulent presque toujours : les frais consulaires, fixés par le pays, et les frais de service du centre externe quand il y en a un. Sur mes trois dossiers, les frais de service ont représenté entre trente et soixante francs par personne, en plus du visa lui-même. Le tout se règle au moment du dépôt et ne se rembourse pas, y compris en cas de refus.
C’est le point que les gens découvrent le plus mal. Un refus n’ouvre droit à rien : ni au remboursement, ni à une nouvelle instruction gratuite. Pour une famille de quatre, cela représente une somme qui n’est plus négligeable, et c’est une raison de plus pour faire relire le dossier avant de le déposer plutôt qu’après.
Prévoir aussi le moyen de paiement accepté sur place : deux des trois centres où je me suis rendue ne prenaient pas la carte de débit suisse ordinaire.
Le cas particulier de l’attestation d’hébergement
Si vous logez chez un proche plutôt qu’à l’hôtel, c’est la personne qui vous accueille qui doit fournir le document, souvent accompagné d’une copie de sa pièce d’identité et parfois d’un justificatif de domicile. Ce point surprend beaucoup de monde parce qu’il déplace la charge administrative sur quelqu’un d’autre, à l’étranger, qui ne parle pas forcément la même langue que le formulaire.
J’ai consacré une note entière à ce document et à la façon dont je le prépare, parce que c’est la pièce qui bloque le plus souvent les dossiers.
Ce que je ferais différemment
Je commencerais par appeler. Les représentations en Suisse ont des horaires téléphoniques courts, souvent deux heures le matin, mais une conversation de quatre minutes m’aurait épargné mon premier aller-retour à Genève. La personne au bout du fil sait ce que la page web ne dit pas : quels justificatifs passent, quelle photo est acceptée, et si le créneau affiché complet se libère régulièrement.
Les autres démarches que j’ai menées sont dans la rubrique visas et formalités. Dernier point, et il pèse plus que le reste : rien de ce qui est écrit ici ne remplace l’information officielle du pays concerné. Je raconte des démarches que j’ai menées, à une date donnée, avec un passeport suisse. Les conditions changent, et c’est toujours la représentation du pays qui tranche.